Petit point (sur les i) sur l’IA

Cela fait un moment que je n’ai pas écrit ici et, pour cause, j’ai été pas mal occupé ces derniers temps. Beaucoup de remise en question sur ma santé mentale, puis nouvel employeur, nouveau contexte, quelques soucis de santé (pas graves mais relou), mon attention a été pas mal prise par ça. Si on ajoute à ça mes inquiétudes grandissantes sur l’habitabilité à moyen terme de notre planète (appelons un chat un chat), ça n’arrange rien.

Et récemment, quelqu’un qui est tombé sur mon profil LinkedIn où je fais part de mon intérêt pour les questions environnementales me demandait si, du coup, j’étais anti-IA.

Tout n’est pas si simple ! Le monde n’est pas noir et blanc, mais d’une infinité de nuances de gris (ça a l’air déprimant comme ça, mais ça marche aussi avec du rouge, du bleu et des nuances de violet bien sûr).

The good

L’IA - enfin le LLM pour être plus précis - est un outil incroyable. Je l’utilise au quotidien dans mon travail (pas seulement parce qu’il est poussé par ma direction) et les cas d’usage sont multiples et me font gagner du temps, surtout sur les tâches pas forcément réjouissantes (comme la documentation), et me sert aussi à avoir un regard extérieur sur mon travail (en code review notamment).

Donc anti-IA, clairement pas… mais très critique sur son utilisation et ses impacts (environnementaux, économiques et sociétaux).

The less good

Environnementaux pour commencer par le plus évident. Car le développement de ses outils, notamment leur entraînement, demande de grosses quantités d’énergie. Or, fournir de l’énergie était déjà un enjeu avant l’IA, qui plus est dans un monde où une grande partie de notre énergie vient de sources fossiles émettrices de CO2.

Mais bon, Microsoft veut relancer la centrale nucléaire de Three-Mile Island pour produire de l’électricité décarbonée… alors tout va bien 🤔 ? Comme ça on pourra continuer de générer des deep fakes pas toujours très heureux voire plus que méprisant (en vrai, c’est sans doute ça qui me gêne le plus, toute cette énergie perdue à faire des vidéos d’un président des USA qui chie sur son peuple, ou de ce même président qui génère une image de lui en Jésus pardon en docteur).

Économiquement parlant, j’ai aussi un doute sur la rentabilité à long terme de ce passage à l’IA massivement pour les entreprises. Pour nous donner goût à l’outil, les big tech ont appâté leurs clients avec des prix très bas. Mais ces IA ne sont pas rentables vus les investissements, initiaux mais aussi d’évolution. OpenAI et Anthropic sont encore des gouffres financiers qui vont bien devoir viser une rentabilité à un moment. Et on commence à entendre en after-work des récits d’entreprises prises par surprise par des changements de tarification, comme récemment chez Microsoft avec Copilot. Ne va-t-on pas se rendre compte que finalement le ROI du gain de productivité (mesuré ?) par rapport au coup de l’outil n’est pas si intéressant finalement ? Sauf que nos métiers auront été tellement transformés qu’il sera difficile de faire machine arrière.

Ce qui nous amène aux aspects sociétaux. Car le métier d’informaticien a profondément évolué depuis l’avènement de ces outils. Et tant mieux ! Ça fait partie de notre métier les changements. Quand j’ai débuté, je travaillais sur des clients lourds, dans des architectures client-serveur. Tout a changé avec Internet et nos métiers aussi. On a vu poindre le web, puis le web 2.0, le web 3, la séparation du backend du frontend, le cloud. Donc l’IA c’est juste une révolution de plus… enfin presque. Car celle-ci porte un risque fort de perte de souveraineté. Pas plus tard que cette semaine, les USA l’ont encore montré en interdisant la sortie des modèles Fable et Mythos hors de leur pays, sur fond de guéguerre politique et d’égos surdimensionnés.

L’IA c’est aussi une vague de métiers mis à mal très rapidement comme les designers, les graphistes, les traducteurs, créant des situations compliquées car la rapidité de la transformation de notre société laisse sur le carreau des jobs qui était déjà très précarisés et sans prise en charge de ces effets. Ma profession, jusqu’ici relativement épargnée de toutes les turbulences depuis près de 30 ans, subit aussi ce phénomène de plein fouet. Surtout les développeurs junior qui galèrent davantage que les séniors qui peuvent encore faire valoir leur expérience pour avoir un regard critique sur ce que génère un Claude ou un Codex. Mais pour combien de temps.

Cependant, tout ça n’est pas un plaidoyer anti-IA.

Car la vraie problématique est l’absence d’accompagnement dans le changement, particulièrement au niveau politique, pour encadrer les pratiques, protéger la propriété intellectuelle qui a été malmenée, et faire en sorte que l’avènement de cette “IA” ne se fasse pas au détriment des plus vulnérables et que tout le monde puisse bénéficier de cette avancée (dans les limites de ce que notre pauvre planète peut fournir).

En attendant, même si Claude et ses confrères m’aide dans mon métier, je reste seul auteur des billets de ce blog, entièrement battu à la main et façonné avec amour (qui n’est pas le nom d’un nouveau modèle).

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